Point de gestion trimestriel - Janvier 2010
Retranscription de l'interview
BILAN 2009
L’année 2009 se termine sur une belle performance sur l’année 2009 pour l’indice CAC40, quel jugement portez-vous sur le comportement de vos fonds en 2009 ?
JFD : L’année 2009 a été assez contrastée, même si elle se termine sur une note assez positive, on en profite pour remercier les souscripteurs de leur fidélité.
Sur les fonds, 2 comportements :
- des fonds qui ont une faible volatilité, Performance Environnement et surtout Performance Vitae, qui a eu une volatilité de 8% contre une volatilité de 28% pour l’Eurostoxx50, ce qui est quand même notable,
- des fonds qui surperforment leur indice : Performance Environnement International, Performance Avenir, et Champlain Solidarité qui est le premier fond dans sa catégorie de fonds de partage.
Quels ont été pour vous les temps forts de l’année 2009 ?
JFD : Les temps forts de l’année 2009, c’est tout d’abord l’obtention du label Novethic qui récompense la transparence et la qualité de la gestion éthique de nos deux fonds, Performance Responsable et Champlain Solidarité. Nous allons en profiter pour continuer l’ISRisation de notre gamme sur 2010.
Le deuxième point majeur, c’est notre stratégie de développement vers le Private Equity qui pour nous a du sens.
Comment s’est terminée votre première campagne FCPI avec Champlain Innovation et envisagez-vous de renouveler l’expérience en 2010 ?
JFD : La campagne s’est déroulée de manière satisfaisante vu le contexte particulier de l’année 2009. Nous avons collecté 3 millions d’euros et nous souhaitons recommencer l’opération FCPI en 2010.
Pourquoi cette volonté de poursuivre dans le « non coté » ?
JFD : Le non coté correspond bien aux attentes des investisseurs :
- d’une part, parce qu’est c’est un investissement sur le long terme qui correspond vraiment au financement de l’économie réelle contrairement aux placements boursiers qui ont tendance, avec la volatilité récente, à encourager l’« économie de casino »...
- deuxièmement, parce que c’est un investissement qui est plus lisible : on investit dans une société, dans un secteur, dans une stratégie bien particulière et cela permet de segmenter le marché de l’investissement, ce qui, à mon avis, est une des grandes tendances de demain.
ALLIANCE NCEM
Dans la continuité de cette stratégie de développement dans le « non coté », vous avez annoncé, début janvier, un rapprochement avec Nef Capital Ethique Management (NCEM), pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la Nef et sa filiale NCEM ?
JFD : La Nef est une coopérative détenue par ses 24 000 sociétaires qui financent, depuis plus de 20 ans, des projets humains, solidaires et environnementaux. Sa filiale, NCEM, qui est une société de gestion, a été créée pour financer en fonds propres ces projets.
Quelles sont les modalités de cette prise de participation ?
JFD : Nous avons eu l’opportunité de racheter 42% du capital de cette structure à l’UFG Sarasin récemment et de devenir un des actionnaires principaux de NCEM aux cotés de la Nef et d’Ecofi avec lesquels nous partageons les mêmes valeurs.
Quelles valeurs ?
JFD : Ces valeurs, c’est de replacer l’humain au centre de la finance, replacer les questions d’environnement, de solidarité comme une finalité et ça je pense que c’est très important.
En quoi le FCPR Sens que vous allez développer avec NCEM est-il différent des autres fonds développement durable ?
JFD : Il est assez différent pour deux raisons :
- la première c’est son positionnement car on investit dans ce fonds uniquement sur la consommation responsable : l’éco-efficience, les technologies de l’environnement et la distribution de produits biologiques ou équitables. Ce secteur a vraiment explosé ces dernières années et va continuer à très bien se porter, tiré par les nouvelles attentes des consommateurs. Un exemple : les produits cosmétiques biologiques dont la demandé a augmenté de 40% en 2008 contre un marché atone pour le secteur des cosmétiques en général. C’est vraiment dans ce type de marché que nous voulons investir car, même dans une période d’incertitude économique, il va continuer à progresser assez fortement.
- la deuxième différence c’est que ce fonds n’est pas seulement un fonds sectoriel, il est analysé de façon extra financière par Sarasin et ça créé une différence sensible par rapport aux autres fonds proposés sur la place.
Pouvez-vous nous donner un exemple d’investissement prenant en compte cette dimension extra financière ?
JFD : Oui, on peut citer Idéo qui est notre premier investissement dans le fonds Sens. C’est une entreprise qui produit et distribue des vêtements biologiques et éthiques. On ne s’est pas contentés d’investir dans cette société parce qu’elle était sur ce positionnement du vêtement éthique mais aussi parce qu’elle avait une démarche globale sur les transports et le sociétal (fournisseurs). On peut citer la réduction au maximum de sa logistique afin d’avoir un impact environnemental le plus bas possible tout en étant dans le commerce équitable.
STRATEGIE DE GESTION
Bonjour Nicolas. Vous êtes aujourd’hui directeur de la Gestion de la Financière de Champlain. Doit-on s’attendre à une évolution, en 2010, de la stratégie de gestion en termes d’exposition au marché actions notamment ?
NR : Pas de grand changement à attendre sur 2010. Une réorganisation simple du service avec bien sûr :
- les fonds « Long Only » (nos fonds thématiques et nos fonds éthiques) qui ont vocation à être exposés à environ 95% au marché
- et une poche d’allocation beaucoup plus défensive pour les fonds diversifiés que sont Champlain Sérénité, Carte Blanche et Champlain Opportunité avec une allocation entre 0 et 40%.
Le reste se fera sur l’allocation sectorielle ?
NR : Oui, exactement, on ne va changer nos principes de gestion, toujours une allocation assez dynamique mais une sélection de valeurs qui va refléter nos sentiments de marchés : défensive ou plutôt sur la croissance. L’avantage de la gamme, c’est qu’elle nous permet de répondre à toutes ces problématiques.
Alors justement, en terme d’allocation sectorielle, vous avez privilégié, en 2009, le secteur de l’éolien pour son caractère mature et sa forte visibilité. Maintenez-vous le cap en 2010 malgré la consolidation dont a souffert le secteur sur la fin de l’année et Vestas notamment ?
NR : Il ne faut surtout pas s’attendre à un changement radical dans la gestion. Notre conviction numéro 1 depuis 3 mois c’est l’éolien pour la simple et unique raison que c’est l’énergie renouvelable la plus rentable actuellement et la seule capable de concurrencer les énergies fossiles, il n’y a donc aucune raison de revenir en arrière. Au contraire, la consolidation des derniers mois, sur Vestas notamment, est une très bonne opportunité pour se renforcer sur la valeur et le secteur, en 2010, qui doit être l’année du retour des énergies alternatives et surtout de l’énergie éolienne. Donc, notre plus grande conviction reste Vestas qui est la plus forte pondération des fonds Performances Environnement et Performance Environnement International.
Quelques mots quand même à propos de cette consolidation sur Vestas fin 2009 ?
NR : Oui, Vestas a subi quelques corrections causées par un retard dans le redémarrage des commandes. Il est évident que l’on est dans une « recovery » sur le secteur puisqu’il y a eu un gros problème dans les financements. Donc aujourd’hui, on attend encore que Vestas donne des preuves de ce redémarrage car les prévisions du groupe sont très optimistes mais les prises de commandes, pour l’instant, sont un petit peu décevantes. Nous tablons sur une accélération très forte des prises de commandes surtout pour le 2ème trimestre et en grande partie sur le 2ème semestre 2010, c’est donc vraiment le moment d’être positionné sur la valeur.
Passons au secteur solaire maintenant... 2009 a été une année compliquée pour le solaire avec une très forte volatilité. Doit-on s’attendre à une évolution en 2010 et surtout comment jouer ce secteur en limitant la prise de risque ?
NR : Le secteur du solaire est un secteur très compliqué, on en a parlé lors des précédentes interventions. On risque d’avoir encore une année 2010 marquée par la crise de surproduction. Or qui dit surproduction, dit baisse des prix et augmentation des stocks et donc déficit pour les sociétés. Aussi ce n’est pas le secteur que nous privilégions en ce moment. Par contre, il faut faire la différence dans la chaine de valeur et au niveau géographique :
- En Europe, le seul moyen de se positionner sur le secteur, c’est d’être sur les équipementiers solaires, je pense à Manz et Roth & Rau qui, eux, produisent des usines « clé-en-mains », jouent sur l’effet volume et ne sont pas touchés par la guerre des prix. Par contre, si on veut jouer les producteurs de cellules solaires, il n’est pas possible d’être positionné sur le marché allemand parce Q-Cells, SolarWorld... sont les premières victimes d’une guerre des prix très importante, initiée par les chinois.
- Le seul moyen est d’aller investir en Asie et c’est ce que nous faisons dans le fonds Performance Environnement International sur des valeurs comme Trina Solar ou Suntech qui offrent des prix 30% inférieurs aux européens. La dernière solution sur laquelle on se rabat, c’est bien sur First Solar aux Etats-Unis qui a la meilleure technologie dans le solaire. Donnons juste un exemple, 0,87 cents du kilowatt heure, c’est son coût de production, à mettre en comparaison avec un chinois qui sera autour de 1,30-1,40 et un européen qui sera plutôt aux alentours de 1,80. Quand je vous résume ces 3 chiffres, vous comprenez que la situation est tendue, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, c’est donc à nous de faire les bons choix pour l’année 2010.
- J’insiste aussi sur un point, un secteur sur lequel on va axer nos investissements : ce sont les producteurs de silicium puisqu’ils vont bénéficier de l’effet volume de façon importante en Corée du Sud et en Chine avec GCL Poly, par exemple.
Après avoir été quelque peu délaissées en 2009 au profit des valeurs cycliques, les défensives semblent revenir sur le devant de la scène. Selon vous, est-ce un mouvement durable ?
NR : L’avantage des défensives, c’est qu’aujourd’hui, elles ont une décote de valorisation très importante. Je prends un exemple, si on regarde le cas d’une société comme Severn Trent qui s’occupe de la distribution de l’eau en Angleterre, c’est une société qui offre un rendement 20 à 30% supérieur ces dix dernières années. Donc aujourd’hui la situation est claire :
- soit les marchés boursiers continuent à être en phase de forte performance et dans ce cadre là, les défensives vont suivre et accélérer le mouvement puisque ce sont elles qui n’en ont pas profité les 9 derniers mois.
- dans l’autre cas, si le marché baisse, le parachute sera très important sur des valeurs comme Severn Trent qui offre un rendement de 7% environ. Dans ce contexte, être positionné sur les défensives me semble être totalement judicieux et nous avons une allocation importante sur tout ce qui est « Utilities » et « Green Utilities », c'est-à-dire dans l’eau et les déchets dans le fonds Performance Environnement.
La faible valorisation de ces sociétés pourrait-elle donner lieu à des mouvements de concentration dans le secteur avec un attrait spéculatif ?
NR : Ca c’est le deuxième atout de ce secteur qui, effectivement, a été délaissé par les investisseurs sur les 9 derniers mois et offre aujourd’hui des opportunités très importantes. En termes de concentration, c’est un secteur à jouer. Je vous donne un exemple sur décembre, qui est Shanks, qu’on aime beaucoup et qui s’occupe de tout ce qui est traitement des déchets en Angleterre. Shanks a reçu une offre de rachat de la part du groupe Carlyle à 135 pences alors que le cours cotait 80, c'est-à-dire qu’on a un upside de 50%. Pourquoi ? Parce que les niveaux de valorisation sont historiquement bas ce qui permet aujourd’hui à certains acteurs de prendre des parts de marché sur des secteurs très sensibles et stratégiques. Donc, oui, le coté concentration donnera aussi une prime à ces valeurs sur l’année 2010.
COPENHAGUE
Quelques mots sur le sommet de Copenhague : le sommet s’est achevé sur un échec, la taxe carbone vient d’être retoquée en France. Est-ce que ces nouvelles sont susceptibles d’avoir un impact sur votre secteur en 2010 ?
NR : Copenhague, c’était l’opposition de deux visions :
- L’Europe avec un objectif de taxer les pollueurs, de contrainte,
- et les asiatiques et les américains qui sont dans l’investissement, l’innovation, le développement des énergies du futur. Ils veulent que l’environnement soit une opportunité et surement pas une contrainte !
Il en est résulté un échec politique cinglant qui n’a rien à voir avec les enjeux économiques et c’est ça qui est très important. Ce qu’il faut vraiment bien comprendre c’est que l’environnement existe et est pérenne sur les 10 et 20 prochaines années grâce à la crise économique. 2009 a signé la croissance verte et la révolution énergétique via les plans de relance. Un chiffre : 450 milliards de dollars, on a déjà beaucoup parlé de ce chiffre qui correspond aux plans de relance dans le vert qui ont été décidés pour les années 2009 et 2010. Sur ces 450 milliards de dollars, vous avez 200 milliards de dollars pour la Chine, 150 milliards de dollars pour les Etats-Unis. A la fin de l’année 2009, seulement 20% de cette somme a été versée. 80% vont être alloués aux acteurs du secteur sur l’année 2010. Ceci va engendrer une croissance très importante sur 2011 et 2012. Donc la transition énergétique, est plus que d’actualité. On n’a jamais eu autant de visibilité sur nos secteurs. Donc, Copenhague, oui c’est un échec politique et on espère qu’on arrivera à trouver un accord au Mexique mais concrètement pour les fonds, Performance Environnement et Performance Environnement International, le débat n’est pas là...
Jean-François, quelle suite peut-on attendre du sommet de Copenhague et surtout quels enseignements peut-on en tirer ?
JFD : Copenhague, c’est une vraie déception, à la hauteur des attentes qui avaient été suscitées. On peut s’interroger sur la capacité des grands Etats à s’entendre sur des questions vitales comme celles du climat et de la biodiversité. Néanmoins, il y a quelques signes positifs comme de nouveaux sujets qui ont été abordés : sur les relations Nord-Sud, sur la forêt, sur la biodiversité... Peut-être, des espoirs pour l’avenir mais quand même beaucoup de questions, notamment sur le financement.
Alors, comment voyez-vous la suite des évènements ?
JFD : La suite des évènements se fera forcément en ordre très dispersé puisqu’on n’a pas réussi à s’entendre entre Etats. Cette mobilisation qui avait réussi à se faire sur des domaines plus financiers ou plus militaires, on n’a pas réussi à l’avoir sur un plan environnemental et humain. Je crois que la mobilisation doit se faire en priorité par la société civile et pour la société civile parce je crois que c’est pour elle que l’on se mobilise et qu’on n’a pas vraiment le choix !