Champlain Octobre 2009

Retranscription de l'interview

Bilan du troisième trimestre

Le troisième trimestre s’est caractérisé par une hausse quasi ininterrompue des marchés, pour s’achever sur une amorce de consolidation. Comment se sont comportés vos fonds durant cette période ?

JFD : Nos fonds se sont comportés de deux façons. Durant la première partie de la hausse, ils ont sous performé du fait de leur caractère défensif, pour ensuite sur performer et accompagner la performance des indices sur le mois de septembre, en lien avec la montée en puissance des valeurs défensives. C’est un effet de rattrapage, et dû également au fait que nous avons recentré nos portefeuilles sur des valeurs du haut de chaîne de l’éolien qui ont participé à cette phase de hausse.

Et les valeurs moyennes ?

JFD : Les valeurs moyennes, après un premier semestre en très forte hausse ont continué à s’apprécier durant ce trimestre. Elles ont été aidées en cela par la publication des résultats semestriels. Cela nous a permis de terminer ce trimestre en avance sur les indices généraux et c’est d’ailleurs le cas aussi pour les valeurs de l’environnement.

Alors n’y a-t-il pas un risque de survalorisation sur les valeurs moyennes qui ont beaucoup progressé depuis le début de l’année ?

JFD : En fait, l’univers des valeurs moyennes est un univers très hétérogène. On trouve de tout dans ce segment. Il y a des valeurs qui ont progressé assez fortement depuis le début de l’année mais qui partaient d’un plus bas historique, d’une valorisation ridicule. Donc à notre avis il reste du potentiel sur ces valeurs. Il y a d’autres valeurs moyennes, plutôt défensives, qui n’ont pas profité du rebond. Elles ont plutôt sous performé du fait de l’appétit des investisseurs pour le risque et la cyclicité et conservent un bon potentiel de rebond.

Quel type de valeurs par exemple ?

JFD : Par exemple Caretech, par exemple Seché Environnement, par exemple Pharmagest sont des valeurs qui ont été un peu délaissées par rapport au segment général des valeurs moyennes.


5 ans de Performance Environnement

Performance Environnement vient de fêter ses 5 ans. Quel bilan faites-vous des 5 dernières années écoulées ?

JFD : En 2004, lorsque nous avons créé Performance Environnement nous avions 2 objectifs : d’une part, que l’on mette l’environnement au centre des discussions politiques et économiques, et le deuxième objectif c’était de générer de la performance sur le moyen terme pour nos investisseurs. Force est de constater qu’aujourd’hui l’environnement est au centre de toutes les discussions. Concernant les performances, malgré la volatilité des derniers mois et des dernières années , Performance Environnement surperforme de façon assez notable son indice de référence (l’Eurostoxx 50) puisqu’au 30 septembre nous sommes à + 37% de progression contre 9% pour l’indice depuis la création du fonds.

Qu’attendez-vous du Sommet de Copenhague ?

JFD : Nous attendons que le sommet de Copenhague soit l’occasion d’une réelle prise de conscience. Que l’environnement ne soit pas seulement un des thèmes qui permette de ranimer l’économie mais soit le pilier d’une nouvelle économie. Que la réduction des gaz à effet de serre qui est quelque chose d’important, ne soit pas l’axe central mais soit un des axes de cette nouvelle façon de penser l’environnement et l’économie. La déforestation, le réchauffement des océans, la qualité des sols, la qualité de l’eau. Enormément de choses qui sont fondamentales pour l’avenir de l’homme et de la planète.

Alors finalement ça se sera qui les leaders de demain ?

JFD : Finalement les leaders de demain ce seront ceux qui auront compris la globalité de ces problématiques.

Le Solaire en pleine mutation

Le trimestre dernier, on avait assisté à un boom du secteur solaire chinois, aujourd’hui la situation est plutôt tendue, alors pourquoi et quelles sont les perspectives à court et moyen terme ?

NR : Le secteur solaire est victime aujourd’hui de son succès. Il y 2 ans, 10% des panneaux solaires étaient produits par les chinois, aujourd’hui c’est 50 % et on pense 70% dès 2012. Donc on assiste à une transition dans ce secteur qui occasionne de la surproduction et une baisse des prix massive. Dans ce contexte, croissance ne rime pas avec rentabilité et beaucoup de sociétés aujourd’hui subissent cette baisse des prix et une pression forte sur leur marge.

Donc ça c’est le phénomène vraiment très court terme, mais qui a des conséquences long terme très favorables parce qu’il permet de diminuer le prix de revient de l’énergie solaire ce qui en fait aujourd’hui une alternative majeure pour la transition énergétique. Et nous sommes convaincus qu’avec cette baisse des prix sur le moyen terme la croissance va repartir de façon très forte. Un exemple significatif, l’Inde, qui a décidé de tripler ses installations dans le solaire entre 2012 et 2020 mais avec un objectif court terme pour 2012 (x10). On a le Japon qui offre un tarif de rachat très attractif pour l’énergie solaire et surtout la Chine qui avait misé sur un développement massif sur l’éolien et qui commence aujourd’hui avec la baisse des prix à se rendre compte que le solaire est une énergie intéressante. Des tarifs de rachat incitatifs ont également été annoncés le solaire. Donc une visibilité long terme exceptionnelle, qui n’a jamais été telle par le passé, avec un court terme très difficile. Dans ce contexte, la gestion de Champlain va devoir s’adapter, sous pondérer aujourd’hui le solaire dans le portefeuille et sûrement y revenir progressivement à partir du milieu de l’année 2010.

Comment se répartit le portefeuille aujourd’hui et quels sont vos secteurs d’investissements privilégiés ?

NR : Aujourd’hui on a fait un choix fort. Plus de 50% du portefeuille fait partie du secteur « énergies alternatives » sur Performance Environnement. Sur Performance Environnement International, on est encore plus agressif, on est à plus de 60% sur ce secteur. Un point très important c’est que, comme vous le savez, on peut être défensif dans notre allocation sur les énergies alternatives ou plus agressif en allant investir sur le haut de chaîne. Le choix qui a été fait aujourd’hui est de se positionner sur un secteur vraiment important qu’est l’éolien et plus particulièrement sur le haut de chaîne de la filière (producteurs de turbines). Alors pourquoi ? Parce que c’est un secteur qui est très en retard par rapport au reste des secteurs industriels. Il est extrêmement dépendant des plans de financement. Cette crise était une crise financière. On est en train de voir le pire au niveau financier derrière nous et donc ça commence à devenir une crise économique plus « classique » avec la montée du chômage. Donc, nos acteurs vont être privilégiés et profiter de cette amélioration du secteur financier et du redémarrage massif des commandes. C’est vraiment le moment de se repositionner sur eux puisqu’ils ont pris un retard plus important que les autres, touchés au cœur par la problématique du financement (NDLR. qui a conduit, en aval, les exploitants à décaler certains projets). Donc aujourd’hui nos plus fortes convictions se placent sur des sociétés comme Vestas qui représente 5% du portefeuille. On apprécie beaucoup aussi Plambeck (PNE AG), un développeur éolien qui se développe aussi dans le offshore. En Chine, nous sommes positionnés sur des acteurs comme China Wind Power ou China Power New Energy qui est la première société à faire de l’éolien offshore en Asie. Un choix très fort, motivé par le rattrapage qui doit avoir lieu dans ce secteur et nous sommes convaincus qu’à travers cette allocation, nous devrions être capables de générer une très forte surperformance sur les prochains mois.

Si la conjoncture économique venait à se détériorer est ce que selon vous il n’y aurait pas un risque que cette belle dynamique ne se brise ?

NR : Le point clé encore une fois c’est cette problématique de financement. Si la situation économique continue à être négative avec une augmentation du chômage mais que les banques arrivent à rembourser leurs dettes vis-à-vis des états et arrivent à reprêter de l’argent, on n’aura aucun problème. C’est aujourd’hui le scénario qui est envisagé par les plus grands acteurs nationaux, par le G20. Donc on voit vraiment une amélioration de la problématique de financement.

Et à quelle échéance pensez-vous que celà puisse se traduire dans les cours de bourse ?

NR : La bourse anticipe à 6 mois en général le retour des commandes et le retour des bons résultats des sociétés. Donc entre 3 et 6 mois me semble un délai raisonnable pour attendre une amélioration des cours de bourse et donc une surperformance importante des fonds.

Obtention du nouveau label ISR de Novethic

Expliquez nous la philosophie de ce label

JFD : La philosophie de ce nouveau label c’est de permettre le développement de l’ISR auprès du grand public et pour ce faire, améliorer la transparence sur la façon dont est géré un fonds, sur le process de gestion, sur la composition du portefeuille et sur le reporting extra-financier.

Donc deux de vos fonds étiques, Champlain Solidarité et Performance Responsable ont obtenu ce label. Quelles améliorations concrètes avez-vous apportées sur le site internet en termes de transparence justement ?

Nous avons toujours été transparents dans la gestion de nos fonds ISR et on a toujours essayé de l’être dans les autres fonds thématiques de la Financière de Champlain. Mais on est allés plus loin dans les fonds Performance Responsable et Champlain Solidarité. En effet, nous avons donné la composition de nos portefeuilles, ce qui est un pas important et puis aussi les notes obtenues dans chaque catégorie : la gouvernance, les Ressources Humaines, les notes environnementales et les notes sociétales pour chaque valeur et c’est quelque chose qui est fondamental pour nous. Ca permet de savoir pourquoi la valeur est dans le fonds parce qu’elle correspond à nos valeurs, à nos convictions et pour nous c’est un pas de géant vers une nouvelle façon de voir l’ISR puisque les investisseurs sauront dans quoi ils investissent et je crois que c’est là un des points clés de l’investissement socialement responsable.

A la veille de la semaine de l’épargne solidaire on peut se réjouir que le fonds Champlain Solidarité ait obtenu également le label. Vous pouvez nous en dire plus sur ce fonds ?

JFD : Oui, nous sommes particulièrement satisfaits de ce fonds qui a pourtant été lancé dans un contexte un peu difficile : il y a à peu près un an et demi dans des marchés troublés...C’est un fond qui est géré de façon ISR avec la même éthique que les autres fonds de Champlain. Il soutient l’économie associative : un dizaine d’associations qui oeuvrent sur le terrain chaque jour et puis il a les performances qui sont importantes et sur-performent de façon très notable les indices généraux européens.

4 ans de Performance Vitae

Le fonds Performance Vitae a fêté ses 4 ans le 30 août dernier. La thématique du vieillissement de la population a gagné en maturité mais les niveaux de valorisation aussi. Selon vous quels sont les principaux leviers boursiers sur les secteurs de la dépendance et du diagnostic médical ?

BR : Le levier principal c’est la croissance. Dans le domaine du traitement de la dépendance on a bien sûr une tendance démographique lourde avec un triplement du nombre de personnes dépendantes dans les 15 prochaines années et dans le diagnostic médical on assiste à une démocratisation du diagnostic médical à l’ensemble des secteurs de la santé et à l’émergence de nouvelles technologies en particulier le diagnostic moléculaire.

Alors il s’agit plus de croissance organique ou de croissance externe ?

BR : Il s’agit bien sur d’un mix des deux : la croissance organique, on l’a expliqué, portée par une tendance de long terme mais la croissance externe aussi bien sûr. Dans le domaine de la dépendance, il s’agit de la consolidation d’un marché atomisé, dominé pour l’instant par les systèmes publics voire associatifs. Les principaux acteurs de cette concentration seront les grands groupes du secteur privé en pleine expansion. Dans le diagnostic médical, il s’agit de l’acquisition de nouvelles technologies pour les sociétés existantes afin de dépasser des barrières à l’entrée technologiques qui sont assez fortes.

On assiste à une recrudescence des opérations financières dans vos secteurs d’activité. Pouvez-vous nous parler des dernières opérations d’augmentation de capital réalisées ?

BR : On a assisté effectivement à des augmentations de capital ou à des émissions de produits financiers : Rhön Klinikum en Allemagne, ORPEA en France par exemple. Il s’agit de levées de fonds pour refinancer la dette afin de pouvoir financer les futures acquisitions. On a également assisté dans le domaine du diagnostic médical à une levée de fonds de la part de Qiagen afin de réaliser de petites opérations visant à acquérir de nouvelles technologies.

On peut en quelque sorte parler de « croissance défensive »... Etes vous néanmoins dépendant de la conjoncture économique ?

BR : Non, nos sociétés sont peu impactées par la conjoncture économique dans la mesure où l’on s’appuie sur une tendance démographique lourde avec notamment un quasi triplement du nombre de personnes de plus de 80 ans dans les 40 prochaines années. De plus, avec l’explosion des déficits publics, les systèmes publics font de plus en plus appel au système privé pour pallier aux besoins d’investissement dans les infrastructures. On attend par exemple en Allemagne une vague de privatisations à la suite des dernières élections puisque les länders ont décidé de réduire considérablement leur déficit public et pour ceci ils vont s’appuyer sur le secteur privé pour qu’il gère les établissements de retraite ou les hôpitaux privés.

Alors on pourrait même faire un parallèle entre ce qui se passe dans l’environnement avec la prise de conscience du réchauffement climatique et la thématique de la démographie et du vieillissement ?

BR : Oui, tout à fait,puisqu’il s’agit, comme l’environnement, à la fois d’un enjeu économique avec la gestion des déficits publics et la problématique des créations d’emplois, (une maison de retraite génère de nombreux emplois) et puis évidemment politique avec la nécessité d’assurer une prise en charge de qualité pour les personnes dépendantes.

FCPI Champlain Innovation : collecte à l’IR

Alors Barthélémy, vous êtes également responsable du FCPI Champlain Innovation géré en partenariat avec le groupe Siparex. Le FCPI entame aujourd’hui la deuxième phase de collecte à l’IR, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur les avantages fiscaux liés à l’IR ?

BR : il y a 2 avantages fiscaux principaux. Le premier : 25% de réduction d’impôt sur le montant investi. Et le deuxième : les plus values réalisées sur ce fonds sont exonérées.

Les mois écoulés vous ont-ils conforté dans vos choix d’investissement ?

BR : Nous investissons dans toutes les thématiques liées au développement durable : énergies renouvelables, déchets, eau, mais aussi dans toutes les thématiques de la santé. On a reçu beaucoup de dossiers dans 2 thématiques principales : la chimie verte c'est-à-dire les technologies qui consistent à remplacer les molécules chimiques néfastes pour l’environnement par des molécules biodégradables, ou en tous cas meilleures pour l’environnement et aussi tout ce qui tourne autour de l’efficience énergétique, dans l’informatique et les semi-conducteurs notamment. Il faut savoir que 9 % de la consommation d’électricité des Etats-unis est générée par internet.