Retranscription ITW du 15 octobre 2008

Q : Les fonds de Financière de Champlain, et en particulier les fonds « environnement » ont affiché, au cœur de la crise, des performances très dégradées. Qu’est ce qui explique cette accélération et était-elle justifiée ?

R : L’aspect très positif des sociétés de l’environnement, c’est qu’elles offrent une très forte croissance. Le côté négatif, c’est que cela nécessite un fort recours à l’endettement, donc une intensité capitalistique très importante. La crise du crédit que nous vivons est sans précédent. En dépit d’une très forte croissance et d’une forte visibilité, les sociétés du secteur ont donc été fortement impactées par cette crise du crédit.

Q : Vous évoquez des causes sectorielles mais quel a été l’impact de la crise sur les marchés émergents où vous êtes présent au travers de fonds comme Performance Environnement International ?

R : Les pays émergents ont été fortement touchés par la correction boursière des dernières semaines ; l’ensemble des capitaux occidentaux ont été rapatriés vers leur zone domestique aux Etats-Unis et en Europe. Dans ce contexte, nos valeurs ont été fortement corrigées. China Power New Energy, China Wind Power ont perdu plus de 50% de leur valeur en deux ou trois semaines. Cela ne remet absolument pas en cause les perspectives long terme sur ces marchés ni la motivation des gouvernements, notamment chinois, pour subventionner les métiers de l’énergie alternative représentés par le solaire et l’éolien. Dans ce contexte, nous restons extrêmement confiants sur le potentiel moyen terme de nos valeurs et nous continuons à renforcer nos positions, sur China Power New Energy, par exemple.

Q : Même des fonds réputés défensifs tel que Champlain Opportunité ou encore Champlain Sérénité sont aujourd’hui à la peine. Comment l’expliquez-vous ?

R : Il faut bien comprendre que ces deux fonds sont spécialisés dans le développement durable, avec un côté plus défensif et diversifié pour Champlain Opportunité et un côté « absolute return » pour Champlain Sérénité. Dans ce contexte, la crise du crédit et les impacts sur les sociétés fortement capitalistiques qui sont présentes dans les portefeuilles de ces deux fonds ont contribué fortement aux mauvaises performances de ces dernières semaines. Nous sommes convaincus que l’on sera capable de rattraper le retard dans les prochains mois et qu’une surperformance notable de Champlain Opportunité et de Champlain Sérénité est à attendre.

Q : N’y a-t-il pas eu également un impact lié aux valeurs moyennes ?

R : Le côté valeurs moyennes a joué, surtout au début de l’année et le phénomène d’inertie propre à ces valeurs fait en sorte que l’on a eu un peu plus de mal à capter les dernières fortes hausses. Une fois cette volatilité atténuée, nous sommes convaincus que ces fonds devaient s’apprécier fortement.

Q : Abordons maintenant les aspects plus globaux du marché : Le risque de crise systémique est-il écarté ?

R : Avec les annonces de l’Eurogroupe, ce risque s’éloigne mais il ne faut pas se tromper, les conséquences sur l’économie réelle vont être très lourdes. Dans ce contexte, Financière de Champlain a pour conseil de s’éloigner des valeurs cycliques qui seront touchées de plein fouet par les conséquences d’une baisse de la croissance sur la consommation. L’environnement semble aujourd’hui un thème d’investissement à privilégier dans les prochaines allocations d’actif.

Q : Dans ce contexte, quel est selon vous, le bon timing pour revenir sur le secteur de l’environnement ?

R : L’environnement répond à deux critères: la dette et les réglementations. On est en voie de régler le problème des dettes avec les dernières annonces de l’Eurogroupe. Quant aux réglementations, elles n’ont jamais offert autant de visibilité qu’aujourd’hui. Je m’explique : Les Etats-Unis ont voté, au début du mois d’octobre, en même temps que le plan Paulson, des lois favorisant les crédits d’impôt et les subventions : l’ITC (Investment Tax Credit) et la PTC(Production Tax Credit). L’ITC va permettre de favoriser le solaire sur 8 ans. Cela signifie que, jusqu’en 2016, on va avoir la visibilité nécessaire pour financer tous les projets solaires aux Etats-Unis. Plus fort encore, L’ITC ne s’adresse plus seulement aux particuliers mais également aux utilities, c'est-à-dire qu’au lieu d’avoir des projets de 1 mégawatt, il va être possible d’avoir jusqu’à 50 mégawatt et cela constitue une révolution importante quand on sait qu’aujourd’hui, deux tiers des installations solaires dans le monde étaient basées entre l’Allemagne et l’Espagne. Vous vous rendez compte alors du potentiel de croissance qui est généré par cette réglementation américaine ! Il en est de même pour l’éolien qui, lui, va bénéficier du renouvellement sur un an des crédits d’impôts aux entreprises, dans le cadre de la PTC. Il faut rajouter à ces réglementations américaines les réglementations européennes avec l’Espagne et l’Allemagne qui, après deux années d’incertitude, nous ont offert la visibilité sur les deux prochaines années. C'est-à-dire qu’aujourd’hui, vous avez la chance de revenir sur le secteur de l’environnement avec les valorisations d’il y a 3 ou 4 ans, tout en ayant une visibilité que nous n’avons jamais eue par le passé. Alors peut-être que la dette pose aujourd’hui des problèmes mais je pense que c’est plutôt une très forte opportunité qu’il faut saisir.

Q : Est-ce que ces bonnes perspectives vont finir par se traduire dans les cours et à quelle échéance ?

R : Il va falloir obtenir beaucoup plus de stabilité au niveau financier pour avoir un rebond des valeurs et surtout éliminer tous les risques de surproduction qui ont été évoqués dans les secteurs éolien et solaire. Je suis convaincu que, dès la fin du premier semestre 2009, nous devrions avoir une surperformance très importante des valeurs environnementales. Sur un horizon moyen terme, les risques de crédit vont s’estomper totalement sur le secteur. Je suis même très optimiste sur notre secteur d’activité : demain, les banques auront intérêt à prêter à des acteurs qui offrent de la croissance et de la visibilité. Prenons l’exemple d’un acteur qui gère un champ solaire : il a aujourd’hui la certitude, sur les 20 prochaines années, de pouvoir vendre la production d’énergie issue de son panneau solaire à EDF à un prix fixe. Personne d’autre aujourd’hui n’est capable d’offrir une telle garantie. Nous sommes convaincus que les banques se retourneront vers ces acteurs dès que la crise financière sera définitivement terminée.

Q : Pensez-vous que les acteurs de l’environnement pourraient être amenés à ralentir leur rythme d’investissement pour améliorer leur rentabilité à court terme, malgré ces excellentes perspectives réglementaires ?

R : Je ne le pense et nous ne favorisons pas ce genre d’acteurs. Aujourd’hui, nous avons la chance d’investir sur un secteur en très forte croissance. Il y a une fenêtre de tir d’à peu près 5 ans pour prendre des parts de marché et celui qui ne profiterait pas de cette période ferait une grave erreur stratégique. Chez Financière de Champlain, nous continuons à favoriser les sociétés qui offrent de la croissance.

Q : Dans ce contexte, un mouvement de consolidation à court terme pourrait-il s’opérer sur le secteur de l’environnement étant donné les niveaux de valorisation ?

R : Les niveaux de valorisation sont en effet extrêmement faibles aujourd’hui et ils vont engendrer sur du court/moyen terme des mouvements de consolidation importants. Je peux clairement penser que le leader chinois Suntech ou le leader mondial Q-Cells devraient profiter de ces opportunités historiques pour renforcer leur poids dominant dans le secteur du solaire dans les prochains mois. Dans ce contexte : une forte réglementation, un mouvement de consolidation et une amélioration sur le système bancaire, je ne vois pas aujourd’hui les obstacles pour les sociétés évoluant dans l’environnement. Investir sur Performance Environnement ou sur Performance Environnement International me semble aujourd’hui une très belle opportunité.

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